L’Afrique francophone, un nouveau champ de bataille pour le secteur bancaire

28/04/2015

En Afrique francophone, le secteur des services financiers évolue à grande vitesse.

Cette transformation accélérée résulte principalement de l’intensification de la pression concurrentielle sur des marchés dans lesquels le niveau de pénétration bancaire reste généralement bas (en moyenne sous la barre des 20%). Durant la décennie passée, ce secteur a connu un processus de consolidation qui a conduit à l’émergence d’un petit nombre d’institutions-clés avec une forte présence au niveau local.  À PwC, nous avons identifié trois grandes familles en concurrence qui ont un rôle à jouer sur le marché bancaire d’Afrique francophone :

  • Les géants français (Société Générale, BNP Paribas et BPCE),
  • Les pionniers marocains (Attijariwaffa bank, BMCE/Bank of Africa et le groupe BCP),
  • Les outsiders sub-sahariens (Ecobank, Orabank, BGFI, Afriland first group…)

Les géants français

Les banques françaises internationales s’appuient sur leur présence historique dans la région et gardent une position de leader sur des marchés importants tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Cameroun. Ces banques offrent des solutions très compétitives aux entreprises mais également aux particuliers les plus fortunés. Les stratégies qu’elles ont déjà mises en place sont diversifiées ; elles ont par exemple testé les services bancaires sur mobiles dans la plupart des marchés où elles sont présentes. Aujourd’hui elles investissent fortement dans les ressources humaines et ont commencé à gérer certaines de leurs opérations au niveau régional.

Cependant, ces banques sont devenues plus prudentes suite à la crise de 2008, ce qui pourrait être désavantageux sur certains segments du marché, comme celui des services bancaires aux PME qui ne permet pas toujours de réunir des données fiables ou de se conformer aux normes internationales.

Toutefois, au vu du niveau exceptionnel du retour sur capital et des taux de croissance de certaines filiales africaines, la région reste prometteuse pour les acteurs français. Une stratégie gagnante consisterait à renforcer leurs positions actuelles par le biais d’injections de capital ou d’acquisitions ciblées en Afrique anglophone ou lusophone.

Les pionniers marocains

Les 5 dernières années ont représenté une période d’expansion géographique intense pour les trois plus grandes banques marocaines : Attijariwaffa bank, BMCE/Bank of Africa et le groupe BCP. Leur marché domestique ayant déjà atteint un certain niveau de maturité, ces banques ont développé un impressionnant savoir-faire lorsqu’il s’agir de s’attaquer au marché de la diaspora (les Marocains vivant à l’étranger). Elles entendent aujourd’hui utiliser ce savoir-faire en Afrique sub-saharienne, dans des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. En quelques années, elles ont mis des opérations en place dans la plupart des pays-clé d’Afrique francophone par le biais d’acquisitions, ayant trouvé le bon équilibre entre conformité aux normes de l’entreprise et adaptation aux réalités du marché local.

Aujourd’hui, ces banques font face à deux types de défis : apporter le capital nécessaire pour maintenir leur croissance et leur appétit, et gérer efficacement leur exposition au risque en mettant en place les contrôles et la gouvernance appropriés dans les nouveaux pays où ils opèrent.

Les outsiders sub-sahariens

Qu’ils aient, comme Ecobank, des ambitions panafricaines inscrites dans leur ADN, ou qu’ils aient, comme Orabank, été poussés par leurs actionnaires à une expansion régionale, de nouveaux concurrents ont émergé de la région – et ils ont d’importantes ambitions pour leur présence en Afrique francophone. Leurs racines africaines constituent une force qui leur permet d’être plus réactifs. De même, leur connaissance profonde des comportements et besoins de la clientèle locale les rend plus novateurs en matière de produits, services et solutions proposés notamment aux PME et aux clients à faibles revenus.

À l’avenir, leur plus grand challenge sera de grandir. Pour y parvenir, la meilleure stratégie est d’investir dans des systèmes bancaires qui sont au cœur de leur métier, dans la simplification et l’homogénéisation de leurs processus, et dans la conformité et l’audit interne.

Ces trois groupes d’acteurs, souvent en concurrence pour la même clientèle, doivent se transformer. Pour tous, les prochains défis seront de développer leur base de clientèle (et ainsi de contribuer activement à augmenter le niveau de pénétration bancaire) et de s’assurer une croissance viable.

 

Pierre-Antoine Balu | Associé de PwC France et PwC Afrique francophone
Profil | Email | +33 1565 78974

D'autres articles par Pierre-Antoine Balu

Twitter
LinkedIn
Facebook
Google+

Commentaires

Verify your Comment

Previewing your Comment

This is only a preview. Your comment has not yet been posted.

Working...
Your comment could not be posted. Error type:
Your comment has been posted. Post another comment

The letters and numbers you entered did not match the image. Please try again.

As a final step before posting your comment, enter the letters and numbers you see in the image below. This prevents automated programs from posting comments.

Having trouble reading this image? View an alternate.

Working...

Commenter cet article