Pourquoi l’Afrique, Pourquoi maintenant?

02/09/2014

Les discours positifs sur la croissance en Afrique sont aujourd’hui presque aussi ordinaires que les images négatives de l’Afrique auxquelles nous étions habitués durant les décennies précédentes. Les guerres civiles, les coups d'état, les catastrophes naturelles et les famines semblaient être les seules nouvelles en provenance d'Afrique sub-saharienne ; de nos jours,  les récits ont évolué vers ceux d’un continent désormais considéré comme une terre d’opportunités.

Alors, pourquoi l’Afrique?

Le PIB de l'Afrique sub-saharienne devrait atteindre  2,3 billions de dollars américains en 2020 et de nombreux pays ont atteint un taux de croissance de 7% par an. Une autre statistique souvent citée révèle que 7 des économies les plus dynamiques au monde au cours de cette décennie seront africaines. De toute évidence, plusieurs d’entre elles partent d'un niveau assez bas, mais compte tenu des progrès réalisés dans le reste du monde au cours des vingt dernières années, l'Afrique est devenue l'ultime frontière et des progrès tangibles ont vu le jour à de nombreux endroits. L'Afrique est riche en ressources naturelles et en terres fertiles. Des gisements de pétrole et de gaz sont découverts en permanence,  de vastes surfaces de terres sous-cultivées et de nombreuses ressources en eau inexploitées. C’est ce qui attire des pays, comme la Chine, qui  recherchent des approvisionnements en matières premières non seulement pour soutenir leur propre croissance, mais aussi pour assurer leur sécurité alimentaire.

Bien sûr, l'Afrique a toujours eu du pétrole et du gaz en abondance, des métaux précieux, bijoux et autres matières premières depuis des années ; qu’est-ce qui a donc changé aujourd’hui? C'est la consommation, et non pas l’exportation, des matières premières qui transforme la croissance en richesse, et le phénomène de la téléphonie mobile a très bien  démontré le potentiel du marché africain. A priori invraisemblable, une population d'un milliard de personnes (pour la plupart pauvres) possède aujourd’hui  près de 900 millions de connexions au réseau téléphonique mobile. Tout cela s'est passé très rapidement et plusieurs entreprises y voient un énorme potentiel, sachant que la classe moyenne se développe à plus de 6% par an. Cela fait partie d’une évolution démographique favorable: l’augmentation de la population active, la baisse des ratios de dépendance et d’une population en augmentation constante.

Mais, il y’a pas que de bonnes nouvelles…

Ce portrait optimiste d’une augmentation des marchés de consommation et d’une stabilité accrue  n'est malheureusement pas complet. La perception du risque pour les investisseurs est plus élevée en Afrique que dans tous les autres continents, et la transparence reste un problème majeur. La plupart des pays africains sont dans le dernier quartile de l'indice de transparence de la Banque mondiale, et beaucoup ont des institutions faibles et, par conséquent un climat relativement peu favorable aux investissements.

La croissance reste fortement limitée par les carences en infrastructures. La croissance économique et l'urbanisation rapide mettent encore plus de pression sur les capacités en énergie, et les infrastructures de transport restent faibles. La Banque mondiale estime à 93 milliards de dollars les investissements en infrastructures nécessaires par an, mais moins de la moitié sont effectivement dépensés. En attendant que le continent atteigne ce seuil d’investissements, les pénuries d’électricité et la faible capacité de transport continueront d’entraver le potentiel de l'Afrique. La santé reste également un problème en dépit de quelques améliorations dans le contrôle des maladies infectieuses ; de plus,  bon nombre des économies les plus prometteuses telles que celles du Nigeria et du Kenya sont minées par des problèmes de sécurité intérieure dus aux activités  terroristes. Un autre problème majeur,  malgré les progrès enregistrés dans l'enseignement primaire,  est celui de la pénurie de talents, nécessaires pour mettre en œuvre leur stratégie.

Alors, pourquoi maintenant ? Regardons un peu plus à long terme

Malgré ces problèmes, qui dissuadent certains investisseurs, l’avenir semble prometteur. Il y a toujours, comme me disait quelqu'un récemment, une raison (ou une excuse) pour ne pas investir au Nigeria cette année et attendre un peu plus longtemps. Mais, en attendant trop longtemps, vous allez rater le bateau. À plus long terme,  c’est le plus grand risque pour ceux qui voudraient investir en Afrique. Les « megatrends », comme nous les appelons chez PwC, sont en faveur de l'Afrique. La forte croissance démographique, la classe moyenne grandissante, le développement de grandes métropoles dû à une urbanisation rapide, l’innovation technologique dont nous avons déjà été témoins concernant le paiement mobile par exemple, et l’augmentation du choix de partenaires financiers issus des pays du Sud : tout cela crée un puissant mélange qui me fait penser que les prochaines décennies verront enfin la croissance de Afrique, tant rêvée depuis les indépendances.

Les activités économiques pourraient enclencher la création de richesses dont le continent manquait et que six décennies d’aide internationale n'ont pas pu apporter. Lorsque je suis allée sur le chantier réhabilité d’Eko Atlantic City, où un nouveau centre financier est en train d'émerger de l'océan au large de la côte de Lagos, j'ai ressenti une confiance et une vision nouvelles pour le vieux continent. L'Afrique est en effet enfin en marche et mes collègues et moi chez PwC voulons en faire partie.

Paul Cleal | Président d'Africa Business Group
Profil | Suivez-moi | Email | +44 (0) 20 7804 5603

 

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